Chasser :

Le 18 juillet 1993 2 liches 21 et 23 Kg


Ce jour là l'excitation est à son comble. Le fait de longer la côte du Détroit de Gibraltar entre Ceuta et Tanger le jour d'avant, nous a noué le ventre en pensant aux pêches sublimes qui nous attendent durant ce mois d'août marocain.
Mais notre première pêche n'aura pas lieu aujourd'hui, car les autorités marocaines ont l'habitude de faire traîner la paperasse. Pourtant on commence au bout de trois ans à connaître toutes les ficelles. Le médecin du sport nous reconnaît et nous fait les certificats médicaux obligatoires à toute vitesse. Idem pour l'assureur qui nous fait l'attestation d'assurance, marocaine, obligatoire pour les affaires maritimes. Munis de tous nos papiers nous filons au quartier maritime. Comme d'habitude un billet de 100 dirhams est glissé dans nos trois passeports ! En général, on nous rend nos passeports ils ont disparus et l'on a nos permis le lendemain au lieu de la semaine habituelle. Nous mettons à profit ce jour d'attente pour gonfler le zodiac l'installer au YACHTING club et faire une petite promenade dans la magnifique baie de Tanger. Le reste de la journée nous permet de faire les courses pour la semaine, de vérifier notre armement et de boucler notre installation.
Le soir une ballade bien agréable sur la CROISETTE de Tanger nous permet d'admirer le coucher de soleil sur cette ville bourrée de charme. Les bars sont pleins et les marchands ambulants et les vendeurs de glaces sont pris d'assaut. Il faut dire qu'à 23h il faut encore 35°. Le matin c'est le jour qui nous réveille, la chaleur est à peine plus faible et le ciel bleu, nous augure une très belle journée. Un tour dans le souk nous permet d'attendre les 10h fatidiques où le quartier de marine ouvre. Tout le matériel de chasse est à bord du bateau gardé pour quelques dirhams par un vieux gardien officiel arborant fièrement la plaque en métal doré prouvant son titre.

10h nos papiers nous attendent. Une fois encore, la corruption a bien fonctionnée. Notre rythme cardiaque vient de passer à un niveau supérieur. Nous nous habillons rapidement et c'est le départ tant attendu. Il est déjà tard prés de midi. MANGER ? On est bien trop excités pour y penser.

Notre premier arrêt sera pour l'énorme épave du cargo coulée juste à la sortie du port de Tanger. Notre bateau arrive sans bruit au niveau de la bite d'amarrage qui dépasse de l'eau. Nous connaissons tellement bien la zone que nous sommes trois à l'eau. Un au centre et les deux autres aux extrémités du bateau. Celui du centre n'est pas du tout lésé par cette position puisqu'il profite des ponts des tourelles et des mats du bateau qui s'avance de plusieurs dizaines de mètres vers l'avant. Le bateau est posé sur un lit de gravier sur un fond de 22m. Il est tellement gros qu'à marée basse certaines pièces du navire affleurent, bien qu'il soit posé sur le côté. Les premières descentes, nous plongent instantanément, dans l'euphorie de vie des eaux du détroit de Gibraltar. Les sars grouillent, les tambours en petits groupes de 4 à 5 individus naviguent entre les tôles.
Au pied du Bateau d'énormes mérous nous regardent posés sur leur queue. Dès notre approche, ils glissent dans les anfractuosités sous le bateau qui leur donnent accès aux énormes cales noires. Les mulets de 2 à 3 Kg sont nerveux c'est bon signe. Les liches ne doivent pas être loin.
C'est un pagre qui fera l'objet de mon premier agachon au fond prés du gouvernail. En remontant à la surface je vois Alex qui met déjà son premier mérou dans le bateau.
Tout-à-coup, c'est Laurent qui crie en arrivant à la surface. Il vient de tirer une liche mais son fil s'est pris dans la structure du bateau et il a peur qu'elle casse tout.
En plus il vient de trop forcer et tombe presque en syncope. C'est l'énervement par cette erreur qui surgi. Alex le hisse à bord du bateau et nous allons doubler et remonter son poisson de 12 Kg C'etait sa première liche, ce qui explique sa nervosité et son début de syncope.... Mais par cette faute, il vient de se priver de chasse pour toute la journée. C'est une règle établie entre nous depuis quelques années. Celui qui déconne fait le capitaine pour toute la journée.
A vrai dire j'ai souvent fait le capitaine, mais bon ce n'est pas le sujet. Nous repartons de l'épave, car le souk qu'à mis la liche nous garantis la disparition de tout le poisson dans les alentours.
Direction le premier cap à la sortie de la baie. Le courant est violent et c'est à la dériveque la pêche se fait. Alex vient de remonter son deuxième mérou. Je coule lentement et me fixe derrière un rocher à l'abri du courant. Là, devant moi, apparaît un spectacle éblouissant. Un banc de loup de plus de 5kg défile devant moi, à droite trois mérous de 10 à 15 kg m'observent. Deux dentis plus loin tournent lentement alors que des dizaines de sars et de sars tambour jouent avec moi. Je sais que dans ces moments là, il faut se calmer et être un tout petit peu patient pour choisir SA cible.
Tout d'un coup tout éclate. C'est sûr: un prédateur est là mais où? je ne le vois pas. Je suis en fin d'apnée, je manque d'entraînement et mes apnées sont bien médiocres par rapport à celles de fin de séjour. Je me tourne et là, derrière moi, à 2 m, se tiennent dans le courant deux liches magnifiques. Je tourne mon 110 cm vers elles et choisis la plus grosse. Le tir part sec, elle marque un temps d'arrêt sur l'impact de la flèche avant de partir comme une furie. Ce léger sursis m'a permis de décoller et de faire les 5 premiers mètres vers la surface. J'arrive à l'air libre bien heureux de prendre ma bouffée d'oxygène. Mon moulinet est déjà totalement dévidé et je pars à ski nautique. La traction est violente et saccadée. Je commence à regagner du fil sur elle. Cela fait 5mn que je gagne 2 m pour en perdre 1,5. C'est épuisant le bateau est à 10 m de moi et surveille que tout se passe bien. Ce combat est entre elle et moi et j'ai bien l'intention, si le matériel ne me trahi pas, de le gagner.
Après 20m elle est dans mes bras. Je l'achève d'un coup de dague dans le bulbe en passant par les ouies. La joie m'envahie. Elle fera 21 Kg. En regardant de plus près, cette magnifique pièce, je remarque une balafre cicatrisée des deux cotés de la liche. Elle avait déjà pris une flèche s'en était débarrassée et comme elle n'avait pas dû toucher aucun organe vital, elle avait cicatrisée. Incroyable!
La chasse continue par quelques prises de moyennes importances pour le Maroc. Il est 17h et la fatigue commence à nous submerger. Je suis à la surface et l'étal de basse mer approche. Le courant devient de moins en moins fort et je me ballade au-dessus des pierres. De la surface je vois 20m devant moi une liche fine et longue. Je m'approche doucement et entame une coulée pour la faire venir à l'agachon. Mais à ma surprise, elle vient à ma rencontre et se metà 2M de moi et coule, elle aussi, dans un duo irréel. Je déplace mon fusil vers elle et ralenti ma descente, pour la laisser me dépasser. Mon tir se fait de façon parfaite juste derrière l'oeil en plus bulbe. Elle frémit et fait quelques mètres en vibrant avant de se poser sur le fond. C'est irréel. Elle fera 23 Kg. Le retour au port est assez folklorique avec ces queues qui dépassent du bateau de tous les cotés ; Notre accueil au YACTING LUB est royal et la distribution de poisson nous assure d'une popularité pour tout notre séjour.

Ce sont des journées exceptionnelles comme celle-ci, qui m'ont fait tomber amoureux du Maroc.

Aujourd'hui le mérou est interdit dans le détroit marocain durant les mois de juillet et août, mais ce n'est pas grave, la vie est tellement exubérante dans ce pays que vous ne manquerez pas de vous régalez à décocher des flèches sur des poissons extraordinaires.


Un autre recit ?